Analyses : à partir de 12 ans

Les trois condottieres de la très glorieuse Marche sur Rome

Laurent Bihl propose l'analyse d'une vignette de l'illustrateur italien Tancredi Scarpelli publiée en 1939 dans L'Histoire de l'Italie de Paolo Giudici. Titrée Les trois condottieres de la très glorieuse Marche sur Rome, cette image à visée édificatrice permet de mettre en relief le recours à l'instrumentalisation du passé dans un but de légitimation du régime fasciste de Mussolini.  

Cliquez ici pour accéder à la séquence audio et au diaporama.

« Le Musée imaginaire de TIM »

Tim ou le pouvoir du dessin de presse (2)

La référence aux maîtres du passé : un exercice que l’on retrouve au musée et dans la presse

par Stanislas Colodiet (Science Po Paris / Sorbonne Paris I)

« Le Traître »

par Laurent BIHL

Oswald Heidbrinck : « Le Traître »
paru dans le journal Le Rire n°9, 5 janvier 1895

Analyse du nouveau logo BP

par Alexandra Miranda, Imagesmag, 2000

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A l'occasion du lancement du nouveau logo de la firme BP, en juillet 2000, l'auteur de l'article propose une analyse détaillée de l'image dans sa dimension esthétique, historique et symbolique,  ainsi qu'une interprétation du nouveau symbole.

 

 

Au secours, la gauche revient !

par Ana Oomjola

Jaurès en prière

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QUOI

Le Front national, parti d’extrême-droite français, a sorti en mars 2009 une affiche pour son candidat du Sud-Ouest reproduisant le visage de Jean Jaurès.

Jean Jaurès, assassiné en 1914, est la figure référence du socialisme français. Il est donc vu comme un défenseur des couches populaires qui souffraient de l’exploitation capitaliste. Tribun originaire de Castres dans le Sud-Ouest, il est en France un des pères fédérateurs de la gauche (avant la création spécifique du parti communiste), fondateur du journal L’Humanité.

L’affiche n’est pas rouge (couleur traditionnelle de la gauche), mais rose.Il est choisi ici dans une vue où il regarde le ciel, de façon quasi prophétique et religieuse.

COMMENT

Récupérer pour détourner

Le Front national est en 2009 un parti au chef vieillissant (Jean-Marie Le Pen). Son discours s’est toujours fondé sur la mise en cause des étrangers comme responsables de la crise nationale. A l’heure d’un choc économique mondial provoqué par des malversations financières scandaleuses, se dessine à nouveau une rupture grave entre les populations et des possédants qui n’ont cessé de s’enrichir par des pratiques douteuses et en exigeant des profits toujours plus importants sans redistribution et en délocalisant des entreprises bénéficiaires.

Imitant le candidat Nicolas Sarkozy durant sa campagne électorale, conseillé par Henri Guaino, le Front national récupère alors le leader de la gauche pour s’ériger en défenseur du peuple. Il le fait en donnant une vision religieuse de Jaurès et en mettant en exergue un slogan qui résonne aujourd’hui différemment : « A celui qui n’a plus rien, La Patrie est son seul bien ». Le mot « Patrie », terre des pères, des ancêtres, devient un appel à se souder dans la nation, seul élément protecteur contre les périls mondiaux. Le vivre-en-commun solidaire de Jaurès devient le bastion tricolore contre l’assaut planétaire.

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Là encore, les repères droite-gauche sont bousculés. Cette « Patrie en danger » de la « Terreur » pendant la Révolution française, devient, dans la France occupée en 1940 un des trois termes du régime de Philippe Pétain : « Travail, famille, patrie ».

C’est l’affiche « Patrie » par Bernard Villemot qui sera associée d’ailleurs au petit village de « La Force tranquille » créée par Jacques Séguéla pour François Mitterrand en 1981.

Jaurès est ainsi détourné dans un affichage qui redevient très traditionnel : visage du leader, slogan, identification du parti.

NOTRE ANALYSE

La fin du story-telling et du bling-bling

Pour que le Front national revienne ainsi à une figure tutélaire de la gauche française, même en la détournant, est très significatif des changements à l’œuvre. L’ère du « bling, bling », des top models, des riches déversant leur vulgarité à longueur de reportages sur M6, touche à sa fin. Le « story-telling » consistant à raconter des histoires pour vendre des produits médiatiques se heurte aujourd’hui au mur impitoyable des réalités. L’heure n’est plus à la mise en scène, elle est, comme Obama l’a pressenti, aux comptes à rendre directement à chacune et à chacun. Michelle Obama ne veut plus apparaître dans les magazines pour ses robes, alors qu’elle a toujours travaillé. Elle va servir les soupes populaires, plante bio à la Maison Blanche avec des jeunes et veut agir concrètement.

L’ère de Bush et du mensonge d’Etat soutenu par tous les grands médias des Etats-Unis aboutit à une mise en cause générale. Voilà revenu le temps des mots concrets et de l’action. Le XXIe siècle sera moral. Nous le constatons partout. Ce n’est plus une question d’idéologie (l’environnement dépasse les idéologies), ni de religion (les comportements extrémistes traversent toutes les religions), mais d’une conception individuelle et collective de la justice, d’un pacte planétaire.

Dans ce sens, la piètre récupération du Front national est significative d’un retour vers les questions simples de la richesse et de la pauvreté, du mode de vie, de l’éthique locale et mondiale.

La « crise de l’école » : un « mythe médiatique » ?

Alors qu'en ce mois de mai, l'école revient à la « une » de l'actualité[1], nous nous proposons de faire ici l'analyse de quatre sujets qui nous paraissent[2] assez archétypaux des représentations diffusées sur l'école[3] dans les journaux télévisés du début du XXIe siècle.

La légende fait l’image ; l’image fait les fausses légendes

Laurent Gervereau

Un enfant palestinien meurt dans la bande de Gaza, sous les balles israëliennes, près de son père blessé tentant d'appeler au cessez-le-feu. Une photo, diffusée le 30 septembre 2000, montre un jeune Palestinien ensanglanté devant un policier hurlant à matraque. Certains disent que les balles tuant l'enfant sont palestiniennes. On découvre que le jeune homme s'appelle Tuvia Grossman et qu'il est étudiant juif américain.

Voilà bien le temps de la guerre de l'information. Nouveau phénomène dû à la rapidité des communication et la multiplication des médias ? Se rappelle-t-on que lorsque Guernica fut détruit par bombardement allemand, une grande partie de la presse reprit le communiqué des franquistes accusant les républicains d'avoir rasé la ville ?

Le sage vend

par Laurent Gervereau

Une image taoïste d’un sage volontaire pour guider la planète

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Les deux dernières couvertures du magazine américain Life

par Christian Delporte, ImagesMag, 2000

L'analyse des deux dernières couvertures du magazine Life, en 2000, conduit l'auteur à rapprocher deux événements différents en apparence, mais proches dans leur mise en scène. L'auteur aborde ainsi la notion de message.

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Les images de sciences : la couleur des éléments métalliques

par Patrick Callet, École centrale Paris, Secrétaire général du CFC, Centre français de la couleur, ImagesMag, 2000

Comment sont traduites les couleurs des métaux ? les mécanismes complexes qui permettent à l'oeil de les percevoir entrent dans l'ordre du virtuel dès lors qu'ils entrent dans le domaine scientifique, qu'il s'agisse de la grille qui aligne leurs symboles chimiques ou decelle fournie par l'imagerie scientifique virtuelle.

 

 

Les images du Christ

par Alexandra Duchêne, Imagesmag, 2000

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En 2000, l'exposition de la National Galery de Londres sur les représentations du Christ présentait, entre autres, une Crucifixion de Salvador Dali. L'auteur propose une étude du tableau, dans ses dimensions symbolique, historique et spitiruelle.

 

 

Les timbres-poste, matériau de l’histoire

par Michel Coste, chercheur à l'EHESS, Paris, ImagesMag, 2000
Auteur du Panorama des timbres du Musée de la Poste, Paris, www.laposte.fr/musee

A l'occasion de l'exposition au Musée de la Poste à Paris en 2000 d'une partie du travail de recherche sur le timbre-poste réalisé par l'ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, l'auteur retrace l'histoire de ces visuels qui ont nourri l'imaginaire de plusieurs générations et servi les intentions politiques des dirigeants avant d'être remplacés par le téléphone et internet.

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Mode éthique ?

par Julie Despinasse

Publicité magazine, parue en septembre 2012 en France, de la marque italienne Brunello Cucinelli

QUOI ?

Une énigme publicitaire

Voilà une publicité magazine parue en septembre 2012 en France. Elle montre des mannequins femmes et hommes portant des vêtements de la marque italienne Brunello Cucinelli. Ils descendent d'une ville fortifiée datant du Moyen-Age et transformée à la Renaissance, qui doit être Bagnoregio (puisque ce nom est écrit en bas avec de très petits caractères à gauche). Cette photographie prise au soleil couchant avec teintes automnales est surmontée d'une phrase au centre, comme une devise : "L'Etat est la réalité effective de l'idée éthique".

Notons qu'un mannequin est probablement d'origine africaine et une de ses collègues d'origine asiatique.


COMMENT ?

La plus-value de l'imaginaire

Nous serions bien en peine de trouver, parmi les célèbres affiches de Jules Chéret à la fin du XIXe siècle (le propagateur de l'affiche publicitaire en couleur grâce à la chromolithographie), des publicités pour la mode. Et pourtant, Chéret avec ses "chérettes" ne cesse de représenter des jeunes filles fraiches et gaies habillées dernier cri. L'époque n'est en effet alors ni aux grands couturiers stars, ni à l'industrie du luxe.

Dans les années 1950, ce sont encore les modistes ou les magasins de mode locaux (comme ici à Mulhouse) qui sont mis en avant. Le message est direct et clair : la femme sera élégante comme celle représentée dans la publicité.

Publicité de mode, années 1950

Désormais, le paysage a totalement changé. La société de consommation a développé un marché du vêtement considérable avec une accélération des modes. Les habits ne se portent plus pendant des années et toutes les classes sociales (riches ou pauvres) et toutes les populations (villes ou campagnes) sont touchées avec une panoplie de prix très large. La grande force des marques de luxe est d'imposer un savoir-faire artisan des créateurs pour quelques clients à travers la haute couture, qui vend en fait la "griffe" (le nom de la marque) dans le prêt-à-porter et les produits dérivés (parfums, sacs, accessoires...) Des marges financières très importantes sont réalisées uniquement grâce à la plus-value de la marque mais sans relation avec le coût de fabrication du produit. Cela incite évidemment à multiplier les faux de contrebande.


 NOTRE ANALYSE

Les médias, des “fashion victims”
Les marques en plein “charity washing”

Contrairement à d'autres domaines de la consommation, il n'y a pas de remise en cause des marges financières des marques. De plus, même chez les jeunes, le culte de la marque (Lacoste dans les banlieues) plébiscite le secteur. C'est en effet un secteur économique particulièrement important en France. D'abord parce qu'il fait travailler beaucoup de monde avec la tradition bien ancrée de Paris comme plaque tournante (la "mode de Paris" se vendait déjà dans l'ouest américain à la fin du XIXe siècle), même si l'Italie ou les Etats-Unis progressent. Le tourisme (la France étant la première destination touristique au monde) incite à la multiplication des boutiques dans la capitale, transformée en ville-vitrine. De plus, les médias ont de très grandes difficultés à survivre depuis la révolution Internet. Alors, la part dans leurs recettes des budgets de publicité de mode est considérable. Ainsi, Le Monde ou Libération sortent des magazines qui sont de purs prétextes à annonces textiles. Fragiles, ils ne peuvent plus vraiment critiquer ce qui les fait vivre.

La mode est devenue taboue.

Mais le tour de passe-passe d'une plus-value juste due à la griffe va-t-il pouvoir continuer ? Des pays en crise vont-ils encore supporter le coût pharamineux des produits et – pour les moins chers sans griffe, leurs obsolescence due à la mauvaise qualité –, exorbitant pour un budget moyen ?

La question morale se pose.

Voilà ce qui explique les nouvelles tendances publicitaires. Dans tout ce monde du franglais faisant florès, nous avions le "green washing" (se justifier par un affichage écologiste) et le "charity business" (faire de l'argent grâce à la mise en avant de causes caritatives, relançant les carrières des vedettes), désormais s'implante le "charity washing".

Publicité magazine pour la marque Vuitton

Regardons la publicité magazine de la multinationale Louis Vuitton (groupe LVMH). L'actrice Angelina Jolie avec un sac Vuitton, maquillée, est placée sur la barque d'un beau paysage cambodgien (le lieu est noté en petit en bas à gauche). Le "Un seul voyage peut changer le cours d'une vie" (le slogan), laisse supposer qu'elle n'est plus la même depuis son engagement caritatif. L'indécence d'une telle publicité se révèle extrême car tout y est faux : la nature de la représentation comme son sens. Quel rapport entre l'industrie du luxe et le caritatif ? Que fait vraiment cette actrice sur le terrain ? A-t-elle besoin d'un sac de luxe pour aller voir les prétendus "pauvres" (absents de l'image) ? LVMH a-t-il une politique de versement d'argent à des ONG et dans quels buts ? Quelle est la politique sociale et de commerce équitable du groupe ? A-t-on consulté les populations locales ?

En fait, l'industrie du luxe est florissante tandis que la crise précarise des parties importantes des populations. Alors, sembler prendre la défense des pauvres est une façon de devancer les récriminations éventuelles à venir (du type : avec la crise, le luxe est indécent, aussi indécent que la concentration de l'argent dans les mains de quelques-uns). La publicité a ainsi toujours cherché à accompagner les mouvements d'opinion naissants. Cela fut net après les mouvements internationaux en 1968. Alors quand, depuis un an et demi, Laurent Gervereau met en ligne gratuitement la première ébauche de son livre Le Local-global. Changer soi pour changer la planète, la marque Rolex titre pour ses Awards : "Chacun de nous peut changer le monde", cela fait recyclage hâtif (alors que la Rolex est devenue en France synonyme du "bling-bling", l'affichage outrancier et vulgaire de sa richesse au temps de Nicolas Sarkozy). Belle récupération sans citation en tout cas, premier aspect. Second aspect : Rolex aide-t-elle vraiment ces changeurs de monde ?

C'est tout à fait la même chose pour Cucinelli, sauf qu'un palier supplémentaire a été franchi. La marque de mode se permet de donner des leçons d'éthique et de politique (en voulant insinuer aussi son multiculturalisme à travers le choix des mannequins). Terrain glissant. Car il faut être en France, ce pays traumatisé par des siècles de morcellement et de guerres intestines, pour croire aveuglément aux bienfaits par principe de l'Etat central. Aux Etats-Unis, beaucoup de personnes (et pas juste les conservateurs) pensent que le dépérissement de l'Etat est la condition essentielle pour défendre les libertés individuelles. L'Etat central est, au contraire, vu en France comme régulateur et fédérateur. Toute la question d'avenir réside dans son efficacité, sa mobilité, son impartialité et sa capacité à peser sur les choix supranationaux.

Le publicitaire l'associe à l'éthique. Finalement, il rejoint ceux qui pensent que seuls les Etats peuvent réguler les marchés financiers déréglés et apporter de la justice. C'est d'abord ignorer l'action des citoyennes et des citoyens au niveau local et en réseau. Mais, la question principale est autre. Pourquoi vendre des vêtements chers autorise-t-il à faire des leçons de morale ? Cette entreprise est-elle éthique dans son fonctionnement, dans sa hiérarchie des salaires, dans la répartition des bénéfices, dans son rapport avec les sous-traitants, dans son inscription sociale et environnementale, dans le choix même de ses matériaux ? Voilà les vraies informations qu'appelle ce type de réclame.

Si les entreprises de mode, pour conjurer leur futilité, insistent sur des principes, il va falloir que leur communication justifie clairement leur application par elles-mêmes au-delà de tous les lavages "green", "charity", "ethik", sous peine de rapidement être attaquées, pas par les médias probablement mais par les nouvelles possibilités d'expression des consommateurs-citoyens.

Regarder une publicité de vêtement aujourd'hui suppose donc de se poser toutes ces questions fondamentales.

 

Roms = voleurs ?

Par François Robinet, Maître de Conférences en histoire contemporaine à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en- Yvelines.

En partenariat avec l'INA.
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