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  • Tout le monde décrypte !

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édito

Tout le monde décrypte !

Le lancement de la nouvelle formule de decryptimages.net doit être l’occasion d’une mise en perspective. Rappelons-le, lorsque ce site apparut en 2008 (lancé officiellement le 17 mars 2009), rassemblant les ressources de sites antérieurs créés depuis 2000 par l’Institut des Images (imagesmag, imageduc, primages), le mot « décrypter » n’était pas du tout à la mode. Nous avons eu de longs débats. La notion d’analyse nous semblait la bonne mais n’était pas très attirante (analysimages...). Nous nous sommes portés ainsi vers cette notion de décryptage, qui est le fait d’aller chercher le sens de ce qui est codé, crypté –quand il y a lieu...

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Retour à Saint-Laurent-des-Arabes

 

La mémoire des harkis, ces supplétifs de l’armée française, également connus sous l’appellation de "Français musulmans rapatriés (FMR)", qui ont quitté l’Algérie pour la France après l’indépendance en 1962 et ont été le plus souvent rejetés des deux côtés de la Méditerranée, fait partie de ces mémoires dont la reconnaissance est émergente[3].

Pour la première fois sous la forme d’un récit mémoriel, un album en couleurs évoque l’internement de certains de ces supplétifs dans un camp militaire de transit et de reclassement, à Saint-Laurent-des-Arbres, dans le Gard. Juste et émouvant, Retour à Saint-Laurent-des-Arabes de Daniel Blancou, évoque la vie des parents de l’auteur, de jeunes instituteurs ayant travaillé et habité à l’année dans ce camp entre 1967 et 1976, date de sa fermeture définitive.

Dessiné en couleur, proche de la ligne claire, la réalisation de l’album est assez classique. Influencé par le documentaire et admiratif du travail d’Emmanuel Guibert, Daniel Blancou a opté dans Retour à Saint-Laurent-des-Arabes pour un style réaliste en dessin et une narration sans dramatisation, une façon pour lui de respecter le sujet et le récit de ses parents.

Débutant dans le métier d'instituteurs et issus de milieux modestes, Claudine et Robert Blancou ne sont pas choqués par les conditions de vie très difficiles des harkis (douches collectives à heures fixes, coupure de l’électricité le soir…), ils le seront a posteriori.

Leur ouverture et leur curiosité d'esprit, l'enthousiasme pour leur travail, font qu'ils sont très bien acceptés par la population du camp, qui les initie à leur culture d'origine et leur fait partager fêtes et traditions. Les relations sont plus tendues entre les harkis et d'autres membres du personnel administratif du camp, parfois ouvertement irrespectueux et racistes.

L'album narre les activités pédagogiques des instituteurs mais aussi leurs problèmes pratiques (comment enseigner lorsqu'il n'y a pas de langue de communication commune ?), le quotidien dans un camp aux installations rudimentaires où les harkis sont coupés de tout contact avec la population locale.

Au fil des années et de la dégradation des installations, où subsiste une part importante de harkis étiquetés "incasables" par l'administration française, c'est-à-dire ne pouvant pas travailler, en particulier des malades mentaux, la situation dans le camp se détériore.

En 1975, une révolte est menée par plusieurs harkis. Daniel Blancou évoque les raisons de la révolte : la fermeture du camp souhaitée par les harkis, en raison de la dégradation des installations et de la déconsidération des autorités françaises à leur égard. Les jeunes sont en révolte contre l’administration mais également contre leurs parents, en raison d’un fossé culturel creusé entre les générations, du fait de l’éducation et l’alphabétisation reçues par les plus jeunes dans le camp.

En 1976, suite à cette révolte, le camp est peu à peu démembré puis fermé.

L’auteur met principalement en scène ses parents mais se dessine également pour évoquer son travail d‘enquête et de documentation, qui le mène sur les vestiges de l’ancien camp, où se dresse désormais un mémorial.

 

 


[1] Paolo COSSI : Medz Yeghern , le grand mal , Dargaud, 2007.

[2] Art SPIEGELMAN, Maus, 1986-1991, Paris, Flammarion, 2 tomes

[3] En France, en 1994 et 2005, des articles de loi ont eu pour objet la communauté des harkis. Depuis le 25 septembre 2001, une journée d’hommage unique reconnaît officiellement le drame des harkis.