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  • Exposition : Une petite histoire de la BD

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  • Tout le monde décrypte !

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édito

Tout le monde décrypte !

Le lancement de la nouvelle formule de decryptimages.net doit être l’occasion d’une mise en perspective. Rappelons-le, lorsque ce site apparut en 2008 (lancé officiellement le 17 mars 2009), rassemblant les ressources de sites antérieurs créés depuis 2000 par l’Institut des Images (imagesmag, imageduc, primages), le mot « décrypter » n’était pas du tout à la mode. Nous avons eu de longs débats. La notion d’analyse nous semblait la bonne mais n’était pas très attirante (analysimages...). Nous nous sommes portés ainsi vers cette notion de décryptage, qui est le fait d’aller chercher le sens de ce qui est codé, crypté –quand il y a lieu...

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Les jeux olympiques nationalisés

Index de l'article


Quoi

Des journaux sur écran

02_onLa page japonaise nhk combine informations en anglais et données en japonais. A tout moment, il est possible de basculer dans le japonais. Le titre "(Japanese Athletes)" annonce une rubrique dans laquelle on choisit entre 20 sportifs japonais. Un personnage d'enfant asexué, avec le blanc et le rouge du drapeau national, mi-garçon, mi-fille, occidentalisé (grands yeux bleus non bridés), sourit et ouvre ses bras. Il accompagne toute cette partie du site. Et invite à jouer.

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Pour CNN, pas de problème de langue. Marion Jones, athlète américaine, échoue dans son désir d'obtenir la médaille d'or du saut en longueur. Et pourtant c'est elle qui fait l'affiche. Dans les titres en page précédente, n'apparaît pas Cathy Freeman, par exemple, la vedette aborigène australienne championne du 400 mètres. Les critères de sélection à gauche commencent par "U.S. HOME", puis "SYDNEY 2000 HOME".
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Sur le site français de TF1, "Asloum casque d'or" fait la une de la page informations, célébrant la victoire de ce boxeur français. Plus que dans les autres pages, l'imbrication textes-images fixes-images mobiles-information-publicité est dense. "France" débute avant "Monde" la colonne de sélection à gauche.
Dans l'état de la technique en 2000 et du parc informatique, ces trois sites privilégient le journal sur écran avec images fixes et textes, enrichis de liens et arborescences multipliant les menus ou les offres, incitant à cliquer.

COMMENT

Le basculement des années trente

 

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Penchons-nous sur les premières affiches de jeux olympiques. Elles se veulent à message universel. Même si Pierre de Coubertin ne crée qu'en 1914 le drapeau olympique, les symboles restent intemporels et sans ancrage géographique. Ainsi l'Anglais Noël Pocock dessine-t-il en 1908 cet athlète (supposé victorieux) au bout de son effort, image éternelle du dépassement humain, comme le fit le coureur de Marathon. En 1920 à Anvers, des drapeaux mêlés accompagnent toujours un sportif à l'antique.


En 1932, changement de décor pour Los Angeles. Hernando Gonzalo Villa donne dans le pittoresque local puisque ce sont les Indiens qui courent, sans qu'aucun symbole international n'apparaisse. Cette tendance trouve bien sûr son accomplissement avec l'accaparement idéologique en 1936 à Berlin des représentations dans des figurations évoquant l'Allemagne hitlérienne.

Même pour les jeux d'hiver, serment olympique et salut nazi se confondent pour un athlète aryen portant des anneaux or. Nous avons là un point d'orgue de l'instrumentalisation des jeux dont le film Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl en 1938 sera la parfaite expression.


NOTRE ANALYSE

Un événement mondial vu à travers des lunettes nationales

À la faveur des années 1930, s'est donc opéré un basculement dans la manière de figurer les jeux olympiques. En 1928 à Amsterdam, le marathonien Jos Rovers reste encore anonyme, vêtu d'un maillot blanc neutre devant le drapeau olympique : les jeux gardent fondamentalement alors leur message universaliste.

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Avec Los Angeles, l'aspect local prédomine, comme le gimmick du boomerang dans le logo de Sydney en 2000 : la rencontre olympique se veut avant tout "quelque part". Le pittoresque touristique l'emporte heureusement souvent sur le message idéologique (voir Berlin en 1936, les Spartakiades soviétiques ou l'instrumentalisation politique des résultats sportifs).

Mais, de toute façon, chacun voit ses jeux. Le rassemblement planétaire n'est transmis que sous forme de saucissonnage national. Personne ne suit les mêmes jeux. Les jeux olympiques, en tant que tels, n'existent pas en images. Ils peuvent juste être approchés par la somme improbable de toutes les retransmissions ciblées. Pour le spectateur, sur écran, se cumulent des déclinaisons thématiques concurrentes.

Visuellement, les jeux olympiques ne semblent plus être la convergence pacifique des nations mêlées dans l'idéal du dépassement sportif. Ils sont l'émiettement, le morcellement de regards fondamentalement divisés, spécialisés. Le mondialisme dans ses dimensions les plus anciennes ne favoriserait-il donc jamais la rencontre ? N' y aurait-il aucune alternative à la domination d'un modèle ou à l'accumulation des oppositions concurrentes, séparées, cantonnées, sans lien ?

Références

sites web :
http://www.nhk.or.jp
http://www.cnn.com
http://www.tf1.fr

livres :
Norbert Elias, Eric Dunning, Quest for Excitement, Sport and Leisure in the Civilizing Process, London, Basil Blackwell, 1986