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édito

Les pensées confettis

Nous vivons singulièrement deux périls opposés de façon simultanée : l’uniformisation et la parcellisation. L’uniformisation est constituée par la marchandisation de la planète, sa normalisation et sa standardisation : les mêmes produits de masse partout, les mêmes modes vestimentaires ou de pensée. La parcellisation est son pendant : chacune et chacun dans son coin ou replié sur sa communauté réelle et virtuelle.

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MEDIA-TERRORISME ET CONTENTION MEDIATIQUE

Ce fut le cas des attaques à Madrid, à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, ou le 13 novembre 2015 à Paris. Choisir le 14 juillet, Nice, ville internationale, et rouler sur les spectateurs du feu d’artifice relève de la même logique : prendre les médias à la gorge par la construction d’une surenchère de l’horreur dans un contexte symbolique fort. Et les choses s'enchaînent où tout peut être récupéré, notamment le plus spectaculaire comme égorger un prêtre de 86 ans dans son église.

Alors, ne faudrait-il pas réfléchir à cette prise en otage des médias ? Ne faudrait-il pas, devant des événements qui se répètent, penser à une contention médiatique volontaire ? Plutôt que de parler de guerre dans ce qui relève de faits divers dramatiques, ne faudrait-il pas informer mais minorer cet impact médiatique, qui est exactement ce que recherchent les terroristes ? Politiquement, plutôt que de gesticuler sur des mesures inopérantes, ne faut-il pas simplement choisir ce qui est directement efficace ? Là aussi, les actes marginaux de quelques-uns, fussent-ils spectaculaires –et parce qu’ils sont spectaculaires—ne doivent pas être survalorisés par rapport à la vie quotidienne de populations entières.

Le déséquilibre de l’information est en effet la vraie victoire de ceux qui commettent ce type d’actes. L’heure doit donc être à une réflexion sur la contention de l’information et la discrétion politique avec des mesures claires, réfléchies, pragmatiques, efficaces, ciblées et qui respectent les libertés publiques. Car c’est bien, non pas la valorisation des mesures répressives ou la militarisation de la société qui importe, mais la défense des valeurs collectives s’opposant totalement à ces crimes. Oui, les politiques sont essentiellement attendus sur la défense des valeurs collectives, sur l’éducation et la culture au sens large, sur l’organisation du monde local-global qui est notre réalité d’aujourd’hui. Pas sur les mesures techniques de répression du crime, de renseignement et de prévention.

Disons-le donc clairement, la victoire médiatique des actes terroristes dans la guerre mondiale médiatique à l’œuvre aujourd’hui impose d’enfin penser la construction de l’information : le news marketing concurrentiel, qui provoque la polarisation et l’escalade, sert de fait ce nouveau média-terrorisme lancé en 2001. Et l’encourage. Le combattre, c’est le minorer dans l’actualité et porter attention aux grands enjeux pour des milliards d’habitants. C'est comprendre que nous sommes entrés dans une stupéfiante "Gore Attitude", pour des raisons politiques et commerciales, où le sang et le crime ont envahis les news comme les fictions.

Il est temps d'arrêter cette aberration qui déforme totalement les représentations du réel et a forcément un impact psychologique sur les populations, soit dans le sens de la terreur et du toujours plus sécuritaire, soit dans celui du passage à l'acte banalisé. La contention médiatique consiste à hiérarchiser différemment et à remettre dans la case faits divers ce qui relève des faits divers, à les traiter en fin de journal après les grands enjeux collectifs, touchant beaucoup plus de monde, comme les pesticides ou le diesel par exemple. Cela consiste a pouvoir faire des fictions de suspense sans violence et sans crime et aussi des fictions sans suspense. Au temps où tout le monde se réclame du "décryptage", dont nous fûmes pionniers, la cécité collective sur cette disproportion historique aberrante stupéfie. Comment peut-on faire de terroristes des vedettes, de faits divers sanglants une guerre, et de fictions des dégorgements de violence ? Le temps d'une prise de conscience collective doit venir.