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édito

Les pensées confettis

Nous vivons singulièrement deux périls opposés de façon simultanée : l’uniformisation et la parcellisation. L’uniformisation est constituée par la marchandisation de la planète, sa normalisation et sa standardisation : les mêmes produits de masse partout, les mêmes modes vestimentaires ou de pensée. La parcellisation est son pendant : chacune et chacun dans son coin ou replié sur sa communauté réelle et virtuelle.

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23 mai 2012

 

Libération, 21 mai 2012

Pourtant, elle nous paraît à bien des égards assez symptomatique de plusieurs évolutions récentes du traitement des conflits internationaux et de leur mise en images. Donnant à voir deux silhouettes ainsi qu'un véhicule armé qui semble avancer à grande vitesse, l'ensemble de la photographie reste assez flou, l'arrière plan masqué par la fumée de sable qui se dégage du véhicule, tandis que sont visibles au première plan une palissade et de la végétation qui peuvent marquer la présence d'une habitation.

CONTEXTE

La légende indique que la scène a été captée dans la région de la ville de Loder au Yémen lors d'une offensive lancée par l'armée yéménite contre des combattants affiliés à al-Qaïda. Sujet à une forte contestation populaire au début de l'année 2011 qui aurait permis à al-Qaïda et à des militants islamistes de renforcer leur emprise sur certaines villes du Sud du pays, le Président Ali Abdallah Saleh a dû laisser sa place à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi. Pour rétablir l'ordre dans ces villes, celui-ci a décidé de lancer le 12 mai 2012 une vaste offensive contre al-Qaïda dans le Sud, à laquelle l'organisation vient de riposter par un attentat suicide à Sanaa qui a coûté la vie à une centaine de soldats.

NOTRE INTERPRETATION

La première remarque concerne le choix de la diffusion de ce cliché. La mauvaise qualité de l'image (prise depuis un téléphone mobile d'après la légende) pourrait laisse penser que celle-ci fournit des informations relativement conséquentes sur la situation sur le terrain ou qu'elle donne à voir une scène soit très symbolique, soit très atypique de cette situation. Or il n'en n'est rien : faiblement contextualisée (aucune précision sur les acteurs de la scène ou sur la date de celle-ci), l'image n'apporte pas réellement d'information sur l'offensive en elle-même. Comment peut-on dès lors expliquer sa diffusion ? Deux hypothèses nous paraissent devoir être avancées ici.

En premier lieu, on peut supposer que le recours et la vente d'une telle image par l'AFP traduit une rareté des images disponibles sur la situation dans le Sud du Yémen ; peu couverte au moment de la contestation populaire, la situation yéménite reste encore largement à l'écart des regards des rédactions occidentales – ce que l'attentat de Sanaa va peut être contribuer à changer – sans doute du fait de la complexité supposée du contexte, de l'absence de lecture événementielle favorable, de la concurrence événementielle forte avec la situation en Syrie ou du manque d'acteurs ayant intérêt à relayer l'événement.

Ce choix nous paraît en outre traduire une évolution en cours depuis une quinzaine d'années, à savoir le recours à des photographies de plus en plus illustratives au détriment du contenu informatif, de l'aspect typique ou singulier de la scène représentée, d'une originalité dans la prise de vue ou encore d'une certaine esthétique. Cette tendance va de pair avec l'essor du numérique depuis la fin des années 1990 qui en facilitant la captation, le stockage et la transmission des photographies, a favorisé l'essor puis la domination des agences filaires – et d'une photographie plus illustrative - sur les grandes agences photo qui faisaient jusque là le succès du photojournalisme.

Au total, ce cliché nous permet de nous interroger sur le paradoxe actuel entre les capacités technologiques de circulation de l'information et des images, et les difficultés à donner à voir la guerre et les conflits contemporains. Si la guerre en Libye a fait l'objet d'une couverture abondante livrant à nos regards des scènes diverses mêlant situation des civils et scènes de combattants sur le front – ce qui était plutôt rare ces dernières années – force est de constater que les troubles au Yémen, le coup d'Etat en Guinée Bissau ou les violences au Mali n'ont bénéficié que d'une faible visibilité dans les médias français, mettant une fois de plus en évidence le regard très sélectif des rédactions occidentales sur les grands événements internationaux.