Deux artistes aborigènes Warlpiri

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NOTRE ANALYSE

Opinion

Jimmy Jampijinpa Robertson
Mémoire ancestrale des formes

Comme beaucoup d’autres peintures aborigènes du désert, celle-ci frappe par le cinétisme et le structuralisme de sa composition. Chasseurs cueilleurs, dont la survie semi-nomade reposait sur la lecture du sol, les Aborigènes ont toujours pratiqué une symbolique spatiale fondée sur les empreintes, l’orientation cardinale et un déchiffrage du temps en couches superposées. La technique des petits points qui caractérise de nombreuses peintures acryliques du désert, nous donne un sentiment d’étrange modernité.

Pour les anciens, ces petits points évoquent la discontinuité de la matière terrestre et cosmique qui cache une multitude de virtualités de vie en sommeil, attendant d’émerger dans des formes qui se reproduisent à l’infini. Cette conceptualisation ancestrale n’est pas sans évoquer les théories scientifiques actuelles sur la mémoire des gènes ou celle de l’eau, d’où peut-être ce mélange de familiarité et de vertige visuel qui nous saisit.

Liddy Nakamarra Nelson
Symétrie, dessus et dessous

Les représentations de Dreamings sous forme de cercles et de lignes correspondent – parmi d’autres niveaux d’interprétations aborigènes - à une vision cartographique des sites sacrés (les cercles) reliés par des itinéraires mythiques (les lignes). Cette projection est topologique car elle indique les connexions entre les lieux non comme des longueurs mais comme une structure, d’où l’effet de symétrie. Carte pour nous aérienne (terre vue du ciel), ce marquage des lieux est du point de vue de la mise en scène des ancêtres éternels de la terre, également souterraine (ciel vu de la terre). En effet les empreintes laissées à la surface du sol ont la même forme vue du dessus – la vie actualisée – que du dessous – l’essence spirituelle qui anime la matière.

Cet effet de rabattement du dessous sur le dessus est ici illustré par le fait qu’en pliant le tableau selon les trois cercles/sites du milieu, deux des quatre petits cercles alignés verticalement (à droite) vont se recouvrir, et ainsi il n’en restera plus que trois qui feront miroir aux trois cercles de gauche : dans le "dessous" du Dreaming les petites ignames (de droite) deviennent "comme" les grandes (de gauche), transformation permise par le partage de nourriture entre les deux peuples. A noter qu’ici la droite et la gauche, comme le haut et le bas sont relatifs puisqu’on peut tourner le tableau en fonction des points cardinaux.