• Un autre regard : DES IMAGES POUR REFLECHIR SUR NOTRE PLANETE

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  • Transporter. Quoi ? Ou ? Avec quelles énergies ?

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  • VOIR / NE PAS VOIR LES

    VOIR / NE PAS VOIR LES "HANDICAPS"

  • Exposition : Une petite histoire de la BD

    Exposition : Une petite histoire de la BD

édito

Les pensées confettis

Nous vivons singulièrement deux périls opposés de façon simultanée : l’uniformisation et la parcellisation. L’uniformisation est constituée par la marchandisation de la planète, sa normalisation et sa standardisation : les mêmes produits de masse partout, les mêmes modes vestimentaires ou de pensée. La parcellisation est son pendant : chacune et chacun dans son coin ou replié sur sa communauté réelle et virtuelle.

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decryptcult #08, l’édito de Laurent Gervereau

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Notre thème du mois : Apprendre à voir

Avec Internet, nous basculons d’une civilisation de l’écrit à une civilisation du multimédia, mêlant écrit, images fixes et images mobiles. Au temps des MOOC, peut-on encore fonder nos enseignements et notre recherche sur l’étude du seul écrit en ignorant les images ? Peut-on encore ignorer notre nouvelle ubiquité entre ce que nous voyons directement et ce que nous voyons indirectement, en pensant que cela n’a aucune incidence ? Évidemment pas.

Du fait d'une ignorance grave de l'histoire du visuel, des intellectuels et de grands médias véhiculent à foison des absurdités, des contresens, du genre : "Avec la Première Guerre mondiale, éclatent les avant-gardes", alors que la guerre correspond à un retour à l'ordre et que toutes les grandes novations commencent avant. Ne parlons pas des conséquences de l'inculture visuelle sur la consommation passive télévisuelle. Politiques, journalistes, enseignants et grand public ont donc besoin urgemment d'apprendre, d'avoir des repères, de savoir regarder.

Pourtant, cela fait plus de 10 ans que, tous pouvoirs confondus et malgré de bonnes paroles, « Apprendre à voir » est absent des grands plans de réformes, tant pour l’enseignement que pour les institutions culturelles. Aujourd’hui, faute d’une politique interministérielle clairement coordonnée pour l’éducation artistique et culturelle, ce volet est à nouveau le grand sacrifié. Chacun oeuvre dans son coin, sans aucune structuration d'ensemble : c'est la politique-confettis (lieux de conservation d'un côté, histoire des arts de l'autre, analyse des médias de l'autre encore... tous isolément). 

Pendant combien de temps encore allons-nous continuer cette cécité totale sur le monde actuel ? Les images s’accumulent sur les écrans pour notre jeunesse et dans les institutions patrimoniales, mais elles ne mériteraient aucun enseignement et aucune recherche spécifiques ? Les enfants et les citoyens doivent-ils continuer à recevoir en consommateurs passifs, de façon indifférenciée et exponentielle, des images de toutes époques, de toutes civilisations et sur tous supports ? Il n’y aurait aucune nécessité impérieuse de donner des repères à travers une histoire générale de la production visuelle humaine qui identifie les images dans leur contexte temporel, géographique et technique ?

Il faut que cette absurdité cesse. Nous demandons que soient développées clairement, à côté de l’histoire, des filières d’histoire et d'analyse du visuel (incluant naturellement l’histoire des arts) dans le système universitaire français. Nous demandons que, depuis le plus jeune âge, trois aspects soient progressivement introduits dans les programmes : l’histoire du visuel avec l’histoire, l’analyse des images avec l’analyse des textes, l’initiation aux techniques et aux processus de création dans l’éducation artistique et culturelle.

Soit notre Ecole et nos Universités sauront prendre à bras le corps l’enjeu pédagogique fondamental du XXIe siècle, soit nous attendrons que les autres pays le fassent. Il devient donc crucial que ce grand enjeu citoyen actuel - à l’ère du brouillage généralisé, de l’absence de repères et des manipulations potentielles multiples - soit enfin pris en considération à tous les niveaux du système éducatif. Ce n’est pas un gadget mais la base même de notre nouvelle compréhension du monde dans toutes les disciplines.

Enfin, dans un temps et dans un pays où il est utile de rappeler que la liberté d'expression est un principe ne souffrant aucune exception sous peine de se nier, rappelons que son pendant consiste dans ce que nous défendons sans cesse ici : la nécessité de la connaissance, des connaissances, qui seules permettent aux citoyennes et aux citoyens à tout âge de faire des choix éclairés. Interdire est vain et dangereux, cultiver est urgent et prioritaire contre tous les obscurantismes simplificateurs et les ostracismes. 

Laurent Gervereau
Mister Local-Global (www.gervereau.com )

(objet du Musée du Vivant : dessin Monster de Nakamura Motomichi)

Quelques références bibliographiques de Laurent Gervereau sur le sujet :

Laurent Gervereau, Voir, comprendre, analyser les images, La Découverte, 1994

Laurent Gervereau (dir.) : Peut-on apprendre à voir ?, Ecole nationale supérieure des beaux-arts, 1999

Laurent Gervereau (dir.), Dictionnaire mondial des images, Nouveau monde, 2006

Laurent Gervereau, Images, une histoire mondiale, Nouveau monde/CNDP, 2008