• Un autre regard : DES IMAGES POUR REFLECHIR SUR NOTRE PLANETE

    Un autre regard : DES IMAGES POUR REFLECHIR SUR NOTRE PLANETE

  • Transporter. Quoi ? Ou ? Avec quelles énergies ?

    Transporter. Quoi ? Ou ? Avec quelles énergies ?

  • VOIR / NE PAS VOIR LES

    VOIR / NE PAS VOIR LES "HANDICAPS"

  • Exposition : Une petite histoire de la BD

    Exposition : Une petite histoire de la BD

édito

Les pensées confettis

Nous vivons singulièrement deux périls opposés de façon simultanée : l’uniformisation et la parcellisation. L’uniformisation est constituée par la marchandisation de la planète, sa normalisation et sa standardisation : les mêmes produits de masse partout, les mêmes modes vestimentaires ou de pensée. La parcellisation est son pendant : chacune et chacun dans son coin ou replié sur sa communauté réelle et virtuelle.

Lire la suite

decryptcult #11, l’édito de Laurent Gervereau

 

Apprendre à se repérer dans son environnement direct et indirect, confronter différentes manières de concevoir le monde (dont le beau et l’utile), c’est apprendre à choisir. Voilà l’aspect essentiel de la mission éducative, qui devient ainsi à la fois un éloge de la liberté et une explication de la solidarité planétaire indispensable. 

Dans ce cadre, il est stupéfiant que la musique ne dispose pas d’une part plus importante dans les enseignements. De la même manière que nous avons affirmé qu’après “Apprendre à lire”, “Apprendre à voir” devenait l’impératif central du XXIe siècle, “Apprendre à entendre” doit constituer un enjeu éducatif majeur.

Cela passe certes par la connaissance des techniques, des instruments, des processus créatifs et des usages musicaux. Mais aussi par une connaissance de l’histoire globale des musiques, dans ce que nous pouvons en reconstituer d’après les traces et instruments laissés dans des temps où l’enregistrement n’existait pas. Interroger sur la longue durée ce qui apparaît à chaque époque sur les différents continents et les systèmes d’échanges et d’influences. Musiques dites traditionnelles, musique dite classique européenne, folklore, chansons, jazz, rock, pop, rap... Nous sortirons ainsi d’une consommation indifférenciée et déqualifiée pour une compréhension des cousinages, des filiations, des singularités, des circulations. L’enjeu pédagogique est considérable. Il est aussi une chance exceptionnelle pour qualifier ce qui fait une partie essentielle de la culture spontanée de la jeunesse.

Avec notre partenaire la Cité de la Musique, nous avons donc construit le sommaire de ce mag 11. Ce sera notre bouquet final.

En effet, notre magazine est un vrai succès. Nous avons montré la nécessité impérieuse de mettre en valeur les savants et les créateurs, pour diversifier les modèles sociaux. Une société du choix est une société de l’apprentissage à tout âge. 

Nous sommes fiers que le portail d’éducation culturelle www.decryptimages.net ait porté cette belle aventure. Ces émissions feront sûrement modèle et d’autres nous copieront : c’est très bien ainsi. Il est nécessaire en effet qu’entre les milliards d’expressions individuelles et les médias intermédiaires, forcément hyper sélectifs, il y ait une multiplication de plate-formes – institutionnelles ou non – qui sélectionnent et valorisent en réseau : ce que j’ai appelé des médias-relais.

Nous avons porté cette expérimentation. Nous avons démontré sa pertinence, sa fiabilité, sa durabilité – et surtout sa nécessité. Mais je n’avais pas intitulé l’émission n°4 en décembre 2013 “Montrer sa trombine ?” par hasard. Dans un double mouvement de réflexion, j’y insistais sur – malheureusement à mon avis – la nécessité absolue aujourd’hui d’accompagner médiatiquement et d’expliquer ses points de vue. Mais, d’un autre côté, chacune et chacun a ses goûts et ses appétences. 

Diffuser des reflets de soi-même (forcément parcellaires, déformants, résultat d’une construction d’image stratégique, ou particulièrement mensongers) attire plus ou moins. Assurer la régularité et la constance d’une présence, alors que nous vivons l’exploration, l’inconstance et les humeurs vagabondes, peut devenir une astreinte lourde. 

J’ai ainsi accepté mon surnom de “Mister Local-Global” (lancé dans le monde anglo-saxon en 2010), mais ne veux en aucun cas me vendre, devenir un slogan, une image de marque, un personnage “casté”, un rôle. Être un personnage au sens de “character” comme disait Orson Welles, peut-être, mais pas le perroquet du pantin de soi-même. C’est alors avec un amusement inconstant et une fidélité affective que je porte ce bonnet malien. Pas pour en faire un gimmick systématique.

Seul le bonheur de découvrir l’intelligence et la créativité des invités de cette émission m’a fait tenir. Cependant, il faut, à mon sens, savoir ne pas s’accrocher à ce qui fonctionne très bien. Ne pas devenir un “professionnel de la profession”, comme le disait Jean-Luc Godard, pour tenter de rester un inventeur de professions.

Voilà donc notre dernier magazine [decryptcult]. Je tiens à remercier particulièrement Eric Favey, Christine Menzaghi, Gilles Trystram, Sylvain Golvet, Aurélie Utzeri, Eric Mouton et Anne Vallin de m’avoir soutenu dans cette entreprise périlleuse. Ce sont eux qui ont permis cet acte de résistance à l’acculturation et à la déculturation. 

A un niveau personnel, je vais multiplier les interventions plastiques, comme ces dialogues peinture-vidéo sur des thèmes locaux-globaux (artkroniks visibles sur www.gervereau.com). Je ne cesserai pas ainsi de glisser des regards passionnés et ironiques sur notre constante ubiquité, en cherchant à irriguer les multiples initiatives planétaires pour toujours réinventer nos modes de vie. Diversifier la diversité contre les sociétés du contrôle (de l’uniformisation et de la surveillance), encourager la formidable plus-value humaine des économies de la gratuité, car la défaîte absolue de l’accumulation exponentielle de l’argent réside dans sa vanité. 

Finissons par un clin d’oeil complice au maire de Sangha en pays Dogon, qui m’a offert ce bonnet. 

Merci donc en tout cas à toutes et tous de m’avoir apporté ces plaisirs télévisés...

Laurent Gervereau, Mister Local-Global (www.gervereau.com)