L'appel du XXe siècle

Un nouveau phénomène frappe nos grandes institutions : le cadrage-débordement. Le Musée d'Orsay a été créé pour être le grand musée du XIXe siècle. Il en a certes évacué la dimension historique, qui laisse un manque dans le paysage muséal français. Le Louvre est le grand musée encyclopédique mais, traditionnellement, il ne traitait pas du XXe siècle dévolu au Centre Pompidou, hormis des interventions d'artistes contemporains, telle l'entrée très réussie d'Anselm Kieffer pour l'exposition De l'Allemagne.

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Alors quelle marotte incite le Musée d'Orsay de finir avec l'entre-deux-guerres L'Ange du bizarre et le Louvre d'achever son évocation allemande depuis 1800 en 1939 ? Des raisons commerciales parce que le XXe siècle se vend mieux avec des noms davantage connus du public ? En tout cas, autant les débuts des deux expositions sont passionnants, fracassants, visuellement puissants, autant le basculement au XXe siècle apparaît artificiel et mal maîtrisé. Et pourquoi ? Il y a tant à découvrir (Carl Gustav Carus méconnu en France ou les théories de la couleur de Goethe) ou redécouvrir (Johann Heinrich Füssli ou Carpar David Friedrich) dans le XIXe siècle européen entre romantisme, réalisme, peinture d'histoire et symbolisme. Notons que dans le débordement temporel, visuellement, les oeuvres du Louvre sont plus marquantes. L'appel au cinéma fonctionne dans les deux cas. Mais tout cela fait échantillonnage (Dix et pas les paysages apocalyptiques de Meidner avant 1914, par exemple). Il eût mieux valu réaliser deux expositions.

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Alors, le XIXe siècle est une période passionnante, souvent mal connue, qui mérite d'être traitée de manière approfondie. Nous le savons, artistiquement le XXe siècle commence avec les avant-gardes antérieures à 1914 et bascule pendant la guerre en 1917. Les problématiques qui s'en suivent, même si elles ont des rapports avec le siècle précédent, sont véritablement différentes : le contexte a changé profondément. Ne faisons donc plus des opérations "à califourchon", car ça commence bien et ça finit mal. Ou alors, il faut les concevoir en deux volets clairs, complémentaires, avec des spécialistes différents.