L'abstraction invisible

 

Bernard Plossu, L’abstraction invisible, Entretiens avec Christophe Berthoud, éditions Textuel, 206 p.

Par Florent Barnades (journaliste indépendant)

 

Sa carrière est lancée aux Etats-Unis où il est revenu avec des reportages à résonance sociale et humaine. Comme Kerouac, il effectue un road trip pour connaître le monde et mieux se connaître lui-même. Il publie des reportages en Europe comme aux Etats-Unis. Ses photos du grands ouest américains avec des villes abandonnées et des déserts sans fin lui vaudront l’admiration des amoureux des grands espaces. Bernard Plossu est connu pour « appartenir » au courant du surbanalisme ou de la photo sans mobile apparent. Alors qu’à l’époque brille au firmament, Cartier Bresson, Doisneau ou Edouard Boubat, se développe un courant photographique en recherche de l’instant dans une géométrie parfaite de construction de l’image.

 

 

 

Parallèlement, sous l’inspiration du Krishnamurti et de la pensée zen, Bernard Plossu développe son style photographique (toujours en 50 mm insiste-t-il souvent ou avec des appareils photo jouets instamatic). Les photos sont volontairement tremblées ou miniatures. Il s’agit de photographies qui peuvent sembler banales mais qui portent en elles l’intention de l’humain et celle du photographe. Il cherche à capter en un instant cette « abstraction invisible » (p.138). Une des plus célèbres est un noir et blanc, une simple nappe posée face à une banquette dans un restaurant. Le contraste est puissant, le sujet on ne peut plus simple et en même temps porteur de potentialité et d’intentionnalité. Cette beauté simple est frappante et efficace. .

 

 

 

Ainsi se déroule sa vie jusqu’à aujourd’hui. Il a multiplié les reportages à travers le monde (au Sahel par exemple qui a été l’objet d’une exposition au prestigieux National Museum Of African Art de le Smithsonian Institution). Il construit lui-même ses livres sans maquettiste, travaille avec des institutions pour des propjets précis puis se lance dans un autre projet.

Honoré du Grand prix national de la Photographie en 1988, il est aujourd’hui respecté de tous et continue de surprendre dans ses projets. Bernard Plossu possède la plus grande chance pour un photographe : son talent lui permet d’être libre et de travailler sur un sujet qui lui tient à cœur quand il le désire. Il a aujourd’hui 137 monographies à son actif et « une douzaine » (p.178) en projet. Il collabore régulièrement avec d’autres artistes. Bernard Plossu vit la vie dont rêve chaque photographe mêlant projets et commandes.

De format agréable, cet ouvrage est un régal à la fois graphiquement et textuellement. Il ne s’agit pas d’un panégyrique à la gloire d’un photographe mais un véritable voyage à travers sa vie et son œuvre en agréable compagnie sans pédantisme ni forfanterie. Comme une discussion au coin du feu.